inhiber la déliaison de déplaisir

Ce paragraphe a une nette résonance avec ce que Feud avait écrit dans son Projet de psychologie de 1895,  au chapitre 9 de la première partie, intitulé “Le fonctionnement de l’appareil”. Il écrit:

“il semble y avoir un dispositif particulier qui [...] tient la [quantité d’excitation] à l’écart de ψ (le système psychique) (...) La conduction sensitive φ (les neurones de perception, organes des sens) se ramifie sans cesse et montre des voies plus épaisses et plus ténues qui débouchent dans d’innombrables points terminaux (fig. 2).” (p. 622 de Lettres à Wilhelm Fliess)

Il produit alors ce diagramme:

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Fig. 2

Et plus loin, en commentaire à ce diagramme:

“La quantité d’excitation φ s’exprime en ψ par une complication, la qualité par une topique.” (p. 623).

On voit donc que la quantité d’excitation peut suivre deux cours bien distincts: ou bien la déliaison (décharge) directe, représentée par la branche descendante unique dans le schéma, décharge qui s’accompagne de déplaisir et donne lieu à quelque action motrice, vers l’extérieur (fuite) ou vers l’intérieur (sécrétion hormonale. Ou encore, elle s’engage dans une suite de ramifications de plus en plus fines qui distribuent  et diffusent la quantité, la rendant ainsi tolérable, voire utilisable. C’est ainsi qu’on peut se représenter l’élaboration psychique.

Dans la lettre 52/112 il dit quelque chose d’analogue quand il écrit:

“Quand un événement A, actuel, a éveillé un certain déplaisir, l’inscription mnésique A’ ou A’’ contient un moyen d’inhiber la déliaison de déplaisir, lors du réveil du souvenir. Plus il est remémoré souvent, plus cette déliaison est finalement inhibée.” (italiques ajoutés par moi.)

Où l’on comprend que “plus il est remémoré souvent” correspond aux ramifications du schéma dans le Projet. Chaque remémoration produit un embranchement supplémentaire dans le réseau de représentations psychiques et contribue ainsi à diluer le déplaisir qui est fractionné de plus en plus. Notons au passage que nous avons là un modèle plus ou moins grossier de la cure de parole, entre répétition et transfert. En effet, déjà dans le chapitre du Projet que je viens de citer, à la page 622, juste avant de produire le diagramme, Freud dit aussi que la quantité Q peut donner lieu ou bien à une déliaison (dans les muscles ou les glandes) ou bien à un transfert d’un neurone à l’autre (c’est ce que représentent les ramifications I, II, III etc.) Certes, le mot transfert n’a pas exactement le sens qu’il prendra dans la cure, mais le mécanisme est le même.

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